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Algérie, Tunisie, Maroc, comparaison n’est pas raison !
Les émeutes violentes et prolongées qui affectent depuis la fin de décembre dernier les pays voisins, Algérie et Tunisie, sont bien évidemment suivies avec attention et quelque appréhension au Maroc. Plusieurs observateurs nationaux et des spécialistes étrangers, tel ce chercheur de l’Université de Warwick en Grande Bretagne, se sont d’ailleurs empressés, non sans raison, de souligner les différences qui prévalent au niveau des trois Etats maghrébins, précisant, pour le cas du Maroc que les problèmes sociaux, certes nombreux et préoccupants, ne revêtaient pas la même acuité qu’en Tunisie et en Algérie.
Misérables milliardaires
Nos « frères « de l’Est, qui disposent pourtant d’une réserve de 160 MILLIARDS de dollars, sont incapables, malgré la manne pétrolière et (surtout) gazière, de satisfaire les besoins sociaux les plus élémentaires d’une population majoritairement jeune, désoeuvrée, inemployée, écoeurée de surcroît par les prébendes, les trafics, l’économie de rente et les passe-droits que pratique une nomenklatura militaro-politique au pouvoir depuis 1962. Et pour preuve que le pouvoir algérien est peut comprendre les raisons de la colère populaire, les émeutes ont entraîné des baisses notables des prix des produits et denrées de première nécessité afin d’apaiser les esprits. En Tunisie, la situation est différente, caractérisée notamment par la confiscation du pouvoir politique, l’absence de libertés publiques et la mainmise des principaux rouages de l’économie par les clans qui entourent le président Benali, notamment celui de la famille Trabelsi. Cette situation, que cachait plus ou moins la relative prospérité économique, était confortée par l’indéniable montée en puissance d’une classe moyenne plus avide de consumérisme que d’expression démocratique, mais les acquis d’une politique d’enseignement enregistrés depuis l’ère Bourguiba ont fini par se retourner contre le Pouvoir sans partage du président Benali, secondé par un RCD aux ordres et une police omniprésente. La jeunesse diplômée et sans emploi, les populations laissées pour compte (notamment dans l’Est du pays) ont fini par exprimer violemment leur ras-le-bol après l’immolation par le feu d’un jeune marchand ambulant à Sidi Bouzid. Résultat, Zine El Abidine Benali est contraint de lâcher du lest alors que les bilans font état de plus de trente morts à la suite des manifestations. L’Etat tunisien promet de créer 300 000 emplois dans les trois années à venir, dont 50 000 dans les prochaines semaines, ce qui pousse à se demander pourquoi il ne l’a pas fait auparavant !
Et nous ?
Pour ce qui est de la situation au Maroc, et même s’il y a eu notamment en 2010 des manifestations de colère sociale, notamment à Thinghir, Al Hoceimas, et Laayoune (dans une première phase de l’établissement du camp de Gdim Izik), des sit-in et des manifestations en plusieurs quartiers et périphéries de la métropole économique au lendemain des inondations de fin novembre, quelques échauffourées et arrestations à Mohammédia, on est fort loin, heureusement, des tensions et de l’exaspération ressenties en Algérie et en Tunisie. La présence d’une société civile organisée matérialisée par des ONG actives, la pluralité syndicale, le multipartisme et la liberté de la presse permettent d’exprimer et d’évacuer les contestations de façon globalement pacifique et responsable. Cette réalité est confortée par la multiplicité des programmes sociaux, (INDH), les efforts gouvernementaux traduits par une politique budgétaire soucieuse de la dimension sociale et que rehausse une présence constante sur le terrain des plus hautes autorités de l’Etat. Des investissements publics massifs depuis plus d’une décennie, une croissance économique relativement forte et pérenne assurent, avec des campagnes agricoles satisfaisantes et le dynamisme du privé, une situation positive au niveau de l’Emploi, au point où plusieurs secteurs, comme le textile, le cuir, les industries mécaniques, le BTP, le tourisme ou les services, se plaignent de la rareté de la main d’oeuvre, notamment qualifiée. Les exemples de recours au salariat étranger ne sont plus rares, sur les chantiers ou dans les entreprises, tels ces travailleurs turcs, chinois, sub-sahariens ou philippins que l’on peut désormais rencontrer un peu partout, sans compter l’importante communauté française expatriée, visible surtout au niveau des services et le management, à des niveaux de cadres ou dirigeants. Alors qu’en Algérie plus de 60% des jeunes sont au chômage, qu’en Tunisie, la majorité des diplômés de l’enseignement supérieur est à la recherche d’un emploi, au Maroc, toutes catégories confondues, le taux de chômage, selon les statistiques les plus récentes du HCP, avoisine au pire les 10% de la population active, sachant cependant que ces données ne tiennent pas compte de l’économie informelle, créatrice, selon certaines estimations, d’une richesse équivalente à 35% du PIB au moins et assurément pourvoyeuse d’emplois. Ce bilan, qui ne doit pas nous faire verser dans l’optimisme béat et encore moins l’autosatisfaction, permet seulement de souligner qu’il serait erroné et totalement déplacé de procéder par amalgames, raccourcis réducteurs et rapprochements abusifs entre ces trois pays du Maghreb que sont l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, même si l’ire populaire, souvent spontanée et parfois imprévisible, peut se nourrir d’une cause anodine, d’un signal négatif ou d’une situation locale d’injustice pour enfendrer un embrasement social massif. À Dieu ne plaise !
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