Des ménages surendettés et essoufflés


La rentrée scolaire, qui succède au Ramadan, connu pour être un mois de surconsommation et de débours excessifs pour les ménages, s’annonce plutôt « hard ». Pour pallier aux difficultés liées à la rentrée scolaire de nombreux ménages ont recours au crédit à la consommation. Les sociétés de crédit à la consommation, à cause de la montée des impayés, sont devenues très sélectives en matière d’octroi de crédit. Et quand bien même, les ménages arrivent à décrocher un crédit, ils se retrouvent, souvent face au problème du surendettement. En effet, la scolarité des enfants devient de plus en plus une source de soucis pour les parents. Dans un contexte où l’enseignement public est défaillant, nombreux sont les parents qui se tournent vers le privé. Mais, là non plus l’assurance d’un enseignement de qualité n’est pas toujours garantie. Et ce n’est pas sans compter sur des frais qui dépassent parfois la raison.
Ménages essoufflés
En effet, malgré des tarifs jugés excessifs et injustifiés par une majeure partie des parents, les établissements privés ne désemplissent pas. « Je n’ai pas vraiment le choix. J’avais mis la petite dans une école privée « ordinaire » pendant trois ans, mais son niveau est très bas. Donc, j’ai décidé de « casquer » plus d’argent pour la mettre dans une école cotée, au détriment d’un certain nombre de choses. Mais, l’éducation des enfants passe avant tout. », témoigne ce jeune cadre, dont le salaire mensuel ne dépasse pas 6000 DH. Père de deux enfants de 8 et 6 ans, ce jeune papa a déboursé, tenez-vous bien, 1200 DH de frais d’inscription et d’assurance et 1100 DH de frais de scolarité (par mois) pour l’aînée. Pour le petit qui entre au CP, il devra payer 800 DH/mois, alors qu’il a payé 700 DH, pour les frais d’inscription. Pour les manuels scolaires et les fournitures, il a payé près de 1300 DH pour ses deux enfants. Si on fait une opération de calcul rapide, on se retrouve avec une dépense de 5000 DH, pour un salaire de 6000 DH. Pour éviter de se retrouver à sec, le jeune papa a payé les manuels et la fourniture scolaire avec un chèque anti-daté. « Autrement, je ne pourrais pas payer toutes les autres charges fixes (eau, électricité, téléphone) et je n’aurais rien à manger. D’ailleurs, je dois m’estimer heureux car je ne paie pas de loyer, parce que j’habite dans une maison que mon père m’a légué. » Même son de cloche chez cette jeune mère de famille. « L’enseignement coûte trop cher au Maroc. On subventionne le blé et le pétrole, on devrait faire de même pour l’Education. » Cette dernière a déboursé près de 20 000 DH pour la rentrée scolaire de sa fille, qui est en seconde à l’ORTE, entre les frais d’inscription, d’assurance et de scolarité. Et de poursuivre « ce sont des tarifs excessifs, voire injustifiés, mais a-t-on vraiment le choix. » Une remarque approuvée par une autre maman. « Pour mon fils de deux ans et demi, je paie 1 400 DH/mois de frais de scolarité et 600 DH d’assurance et 1 800 DH de frais d’inscription. Et comme, tous les établissements exigent un paiement trimestriel, pour des raisons de comptabilité, disent-ils, cette maman a donc dépensé 6 600 DH, pour un bambin de deux ans…c’est quand même trop. Mais ce n’est pas le pire… En effet, un tour d’horizon dans des établissements dédiés à la petite enfance (entre 3 mois et 4 ans), nous permet d’avoir une idée sur des tarifs jugés exorbitants par les parents.
Trop trop cher
Il faut compter 2 500 DH pour les frais d’inscription à « L’école buissonnière » au quartier Palmier, 5 200 DH pour le premier trimestre et 3 900 DH pour le second trimestre et le même montant pour le troisième trimestre. Pour ceux qui sont intéressés par inscrire leur enfant pour le mois de juillet, il faudra payer 1300 DH. Il faut ajouter 200 DH pour la permanence de 17h à 18 h 45 et enfin 40 DH/repas. L’école Okarina, situé dans le même quartier, facture des frais d’inscription de l’ordre de 4 500 DH. Pour une journée continue, il faut compter 2 350 DH/mois et 1 700 DH/mois pour la demi-journée. Chez « Touche à tout » à Bourgogne, on pratique à peu près les mêmes tarifs. 1 300 DH/mois pour les frais de scolarité et 3 500 DH pour les frais d’inscription. Chez « Malékids » à Racine, il faut compter 4 500 DH pour l’inscription et 1800 DH pour la demi-journée du matin et 1 700 DH/mois pour celle de l’après-midi. Chez « Kenzi », pour la demi-journée du matin, il faut compter 1 800 DH/mois pour la demi-journée et 1600 DH/mois pour l’après midi. Il faut ajouter 4000 DH de frais de scolarité/an. On se demande sur quel critère sont calculés ces tarifs ? La majorité des responsables de ces établissements avancent que l’investissement aussi bien en matériel pédagogique, qu’en ressources humaines et dans les locaux, est important. Mais en dehors des locaux, les autres charges ne peuvent aucunement justifier des tarifs de cet ordre là. Le personnel, dans certain cas, formé sur le tas, n’est pas payé au prix fort. Il semble que chacun fait ce qu’il veut. Les tarifs dépendent de la tête du client. Le ministère de tutelle devrait se pencher sur ce secteur pour une organisation optimale. D’ailleurs, la quasi totalité de ces établissements ne fonctionnent pas comme de véritables crèches, puisqu’ils sont fermés le mercredi après-midi, le samedi matin et durant les vacances scolaires. Une crèche est différente d’une école. Ces établissements devraient, en principe, être régi pas des normes et obéir à une législation claire. Pour permettre aux parents d’avoir un recours face à ces dépassements irraisonnés.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire