sent leurs voix Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Printemps arabe : à Djerba, les Amazighs unissent leurs voix | Jeuneafrique.com - le premier
En ce début d’automne, les établissements de l’île tunisienne ne font pas le plein de touristes. C’est donc avec bienveillance que les employés de l’hôtel Alkantara (« le pont », en arabe) accueillent les retrouvailles des militants amazighs. Bien qu’un peu intrigués au départ par cet arrivage bigarré, les locaux sont curieux de cette culture et de cette langue, qu’ils connaissent mal. « Ici, il y a bien quelques Berbères, mais ils re
stent très minoritaires », explique Salem, habitant de Djerba qui se dit « arabe et musulman comme tous lesTunisiens ». Or il y a bien des berbérophones à Djerba, notamment les Guellala, une population en grande partie arabisée. La généralisation de l’enseignement depuis Bourguiba a effacé progressivement les traces de la présence berbère.
Un constat partagé par Khadija Ben Saïdane, présidente de l’Association tunisienne de la culture amazigh, qu’elle vient de créer. « Les Amazighs sont certes une minorité, mais ils méritent que leurs droits soient reconnus politiquement et culturellement. Sous le régime Ben Ali, nous avons fait épingler le gouvernement tunisien par l’ONU pour discrimination », se félicite cette jeune femme de 26 ans qui poursuit des travaux de recherche sur la culture amazigh. Élue vice-présidente de ce Congrès mondial amazigh (CMA), elle devra donner corps au mouvement berbère dans son pays. Aujourd’hui, la priorité est à la politique. Face à la défiance des partis et des élites de Tunis, Ben Saïdane dénonce un « négationnisme » et envisage de se porter candidate à l’Assemblée constituante pour défendre la reconnaissance de l’amazighité dans la future Loi fondamentale.
Organisé à Djerba à la fois pour donner une impulsion au mouvement berbère tunisien naissant et saluer la montée en puissance réelle des « frères libyens », le CMA prend ses marques dans un hôtel discret, à l’écart de l’animation toute relative de la zone touristique. La grand-messe brasse de plus en plus large, avec des congressistes venus des îles Canaries, du Maroc, d’Algérie, de Libye et de la diaspora, surtout européenne. La plupart ne se sont pas vus depuis le précédent congrès, à Meknès, en 2008. Rachid Belkhir est originaire de Aïn Touta, dans la wilaya de Batna (Est). Ce Chaoui, directeur d’une école d’infirmiers, assiste pour la première fois à un CMA. Il est venu par la route avec un ami, berbère comme lui. Chez lui, Belkhir est une mini-célébrité. En octobre 2000, il avait saisi la justice contre le refus de la mairie d’Aïn Touta d’inscrire ses jumeaux sur les registres de l’état civil. Pour les autorités locales, les prénoms de Gaïa et Macipsa « ne sont pas algériens ». Après trois ans de procédure, il obtient gain de cause. À Djerba, un militant de France lui suggère de créer une association consacrée à la question des prénoms.
Nouveau dispositif
Ce genre de rencontres est la raison d’être du CMA. Depuis sa création, en 1995, en France, le congrès garde des liens très forts avec l’Hexagone, où vit d’ailleurs une importante diaspora. Jusque-là, le français était la langue de communication principale du CMA, permettant de rallier les non-berbérophones sans utiliser l’arabe. Cette année, l’arrivée de non-francophones a posé quelques soucis de traduction, allongeant d’autant la durée des interventions. Car, en plus du protocole linguistique, il fallait aussi gérer les sensibilités régionales. En Algérie, les Kabyles mènent depuis l’indépendance le mouvement berbériste, ce qui froisse parfois les Chaouis et les Mzabis, deux autres composantes berbères du pays. Lors du congrès, des invités de ces deux régions ont contesté la répartition des délégués élus au Conseil fédéral du CMA. Les anciens statuts prévoient 10 sièges pour les Marocains, 10 pour les Algériens, 10 pour la diaspora, 3 pour les Canaries, 4 pour les Touaregs, 2 pour les Libyens. Approuvé lors de ce congrès, le nouveau dispositif ajoute 5 représentants pour la Tunisie et porte le nombre de délégués libyens à 5. Mais lors des conciliabules entre congressistes, le ton est monté entre Algériens. Les Kabyles, venus en force, proposent 2 places sur 10 aux Chaouis et Mzabis, qui en réclament 4. Niet. Les Chaouis et les Mzabis quittent le congrès, furieux. « C’est une hogra ! Nous sommes autant amazighs que les Kabyles ! » s’indigne un Chaoui. En coulisses, les associations kabyles admettent qu’elles se méfient de certaines personnes, soupçonnées d’être à la solde du pouvoir algérien.
Consensus
Le journaliste marocain Mounir Arjdal s’essaie à l’exégèse des statuts du CMA : « En théorie, seules les associations formées, actives depuis plus de deux ans et cooptées par des membres sont admises. En pratique, les invités du congrès ne doivent même pas se porter candidats. » Il en va ainsi entre Berbères : le consensus est systématiquement recherché, même quand le conflit paraît inévitable. Au fil du congrès, les jeunes militants présentent leurs candidatures aux responsabilités. Prudents, les sages se succèdent pour leur rappeler que « tout poste est une charge, pas une distinction ». La tradition des jamaa [assemblée tribale, NDLR] demeure, et le consensus est préservé.
Juste après l’ouverture des travaux du congrès, le 1er octobre, toute la salle s’est levée pour l’hymne national libyen, en amazigh bien sûr. Debout, Fethi Benkhlifa savoure le moment. Quelques jours plus tôt, le 26 septembre, l’homme avait frappé un grand coup en organisant une conférence nationale amazigh à l’hôtel Al-Mahary de Tripoli, où une assemblée de jeunes militants, d’étudiants, d’intellectuels et de notables était venue assister à la naissance d’un front (lobby ? futur parti ?) berbère. Impensable sous Kaddafi ! Pour marquer le coup, une foule de manifestants déploie le drapeau amazigh sur la place des Martyrs, où la sécurité est assurée par les rebelles du Djebel Nafoussa. Une véritable démonstration de force, à l’heure où les discussions sur la future Constitution divisent déjà Arabes et Amazighs. « La déclaration constitutionnelle d’août dernier nous a déçus. Nous, Amazighs, récusons le maintien de l’arabe comme seule langue officielle de la nouvelle Libye », tonne Fethi Benkhlifa.
Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Printemps arabe : à Djerba, les Amazighs unissent leurs voix | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire