Sa petite sœur de scène, Leila Bekhti, était là pour le féliciter sur scène à travers une intervention où on pouvait voir toute l'émotion que cela suscitait chez elle. «C'est devant lui que j'ai fait mon premier casting et commencé à grimper les marches du cinéma. Il a ouvert la porte à plusieurs comédiens. Sa personnalité impose une force tranquille pour incarner tous les rôles. C'est mon grand frère de cinéma». Son parcours mérite bien cet hommage que lui réserve le FIFM, en présence d'artistes et d'un public qui l'ont chaleureusement accueilli.
«Je suis en même temps surpris et flatté. Surpris parce que j'ai l'impression de débuter en me trouvant dans ce grand festival et flatté parce que c'est une première pour moi que ça se passe ici au Maroc, le pays de mes parents. Cet hommage est aussi une occasion pour faire un petit retour en arrière, de constater que j'ai tenu mon premier rôle en 1991. Il y a 20 ans. Un premier rôle que je pensais le dernier. Mais le rêve a continué. J'ai travaillé avec plusieurs metteurs en scène qui ont fait de moi l'acteur comblé que je suis maintenant. Je leur rends hommage aujourd'hui, car c'est à travers leur regard que j'ai pu exister dans le cinéma. J'ai constaté qu'il y a dix ans, j'avais assisté au premier Festival du film de Marrakech. Une année où l'Amérique a été traumatisée, le monde en alerte et personne ne croyait à l'existence de ce Festival. Mais il se trouve qu'il est toujours là et fait venir des films et des réalisateurs du monde entier. Je lui souhaite une longue vie encore», souligne Roschdy Zem dans son allocution.
Ce fils d'immigrés marocains se construit une filmographie variée en travaillant avec différents réalisateurs, notamment André Téchiné dans «Ma saison préférée», Xavier Beauvois dans «N'oublie pas que tu vas mourir», Patrice Chéreau dans «Ceux qui m'aiment prendront le train», Dominique Cabrera dans «L'autre côté de la mer», Pierre Jolivet dans «Ma petite entreprise», pour lequel il obtient une nomination aux Césars. Roschdy Zem n'hésite pas à changer de registre, passant de la prostituée travestie de «Change moi ma vie» de Liria Bégéja, au désopilant Frère Jean de «Chouchou». Et comme le mot impossible ne fait pas partie de son langage, il apprend l'hébreu pour camper le personnage de «Va, vis et deviens» de Radu Mihaileanu. En 2006, Roschdy reçoit le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes pour «Indigènes». Il sort la même année «Mauvaise foi», son premier long métrage en tant que réalisateur, puis récidive avec «Omar m'a tuer», tiré de l'affaire Omar Reddad. Le soir de son hommage à Marrakech, on lui projette le film «Paris by Night» de Philippe Lefebvre. Toute une nuit en plein Paris où le commandant de la Brigade mondaine, Simon Weiss, entreprend sa tournée habituelle des établissements où drogue, prostitution et corruption font des ravages. Un métier très risqué qui le mène vers le gouffre. Weiss comprend qu'on veut le piéger. Pris en tenaille entre la police des police et les voyous, il essaye de se défendre, d'affronter flics, hommes d'affaires et malfrats… Un film au scénario bien ficelé où il est accompagné par Sara Forestier et Samuel Le Bihan.
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QUESTIONS À : Abederrahmane Tazi • Réalisateur marocain
«Il faudrait que nos jeunes réalisateurs
s'intéressent d'abord à des sujets d'intérêt national»
• Est-ce que ce festival commence à avoir de l'impact sur nos artistes ?
Le FIFM a déjà acquis un rayonnement international. C'est grâce à la culture que les choses acquièrent de la valeur, encore plus que par l'économie ou la diplomatie. L'intérêt, à mon sens, de ces genres de manifestations, ce sont ces personnalités venant de l'extérieur qui ont l'occasion de rencontrer des Marocains. Il y a des réalisateurs, des comédiens, des scénaristes, des techniciens… Car même si nous faisons 15 à 20 films, il y a seulement 3 ou 4 qui traversent la frontière. Et encore, c'est dans des festivals. Ici, nous avons 5 à 6 films qui sont projetés dans des conditions formidables. C'est une opportunité pour nous faire connaître.
• Avez-vous vous-même profité de ce festival sur le plan professionnel ?
En tout cas, il y a toujours un gain sur le plan médiatique international, car cela permet de faire connaître nos artistes. C'est à travers cette presse internationale qui s'intéresse au cinéma marocain qu'on fait découvrir celui-ci. En plus des gens qui voient les films à l'extérieur, il y a les revues spécialisées ou les journaux qui parlent de ce cinéma.
• Quel regard portez-vous sur le cinéma de ces jeunes réalisateurs marocains, du point de vue thématique ?
Nous sommes très heureux de savoir que ces jeunes reprennent le flambeau. Mais je crois malheureusement que les sujets abordés ne sont pas faits pour un public marocain. Je pense que cette jeune génération veut passer directement à l'universel, à l'international. Or elle s'adresse à un public national. Si au moins ces films pouvaient atteindre un public international. C'est griller les étapes et on a vu les résultats avec d'autres films. Le plus grave encore, c'est que ce sont des films soutenus par le «fonds d'aide» qu'on appelle maintenant «avance sur recettes». Cela veut dire encourager des films qui vont faire des recettes. Or on a vu le cas d'un film qui est sorti il y a deux semaines à peine au Mégarama de Casablanca, mais qui a été retiré des salles après quelques jours seulement de projection. Je trouve que c'est malheureux. Il faudrait que cette jeunesse s'intéresse d'abord à des sujets d'intérêt natonal. J'ai l'impression qu'on produit des films pour faire la tournée des festivals et applaudir à tout ce qui est misérabiliste au pays. On entre dans une époque où on produit un cinéma colonialiste mais fait par nous-mêmes.
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